Guyane (Lagwiyann ou Lagwiyàn en
créole guyanais), appelée parfois Guyane française, est une région et
un département français situé en Amérique du Sud, limitrophe du Bresil à
l'est et au sud, et du Suriname à l'ouest. Avec une superficie de
83 846 km et une population de 259 865 habitants (2015), la
Guyane est la deuxième región de France pour la superficie et la deuxième moins
peuplée (après Mayotte). C'est également le département le pluse plus boisé,
98 % du territoire étant couvert de bois qui reste parmi les plus riches et les
moins écologiquement fragmenté du monde du monde.
Sur la crise
politique en Guyane
Déclarations de Isabelle Hidair-Krivsky à Franceinfo.
Isabelle Hidair-Krivsky est docteure en anthropologie, maître de conférences à
l'université de Guyane à Cayenne.
Franceinfo : Le mouvement qui agite la Guyane depuis deux semaines est-il une simple
contestation sociale ou s'agit-il aussi du réveil d'un sentiment identitaire et
indépendantiste ?
Isabelle
Hidair-Krivsky : C’est bien un mouvement identitaire. On observe que
les revendications d’ordre matériel, comme celles sur les infrastructures, sont
accompagnées de revendications liées au sentiment d'appartenance et à la
construction de l’identité. Les grévistes mettent sur un plan d'égalité ces
questions.
Par exemple, au sein du comité sur l'éducation, on
évoque l’adaptation des programmes scolaires au contexte local, pour que les
élèves maîtrisent mieux le territoire amazonien. Les règles de recrutement
des enseignants sont aussi inadaptées au contexte local. La Guyane n'a pas
assez de diplômés à bac +5. Des enseignants de métropole ou des Antilles
viennent exercer ici, et c'est parfois un choc culturel pour eux,
notamment quand ils se retrouvent dans des territoires "isolés", loin
du littoral. Les linguistes estiment qu'environ 30% des habitants de la Guyane
ne sont pas francophones. Au final, ici, seuls 12% des 15-24 ans sont
bacheliers. Former des enseignants du cru, qui parlent plusieurs langues de
Guyane, permettrait de mieux s'adapter au contexte local. Mais pour cela, il
faut un changement de statut.
La situation géographique de la Guyane peut-elle aussi
expliquer ce désir d'autonomie ?
Aujourd'hui, les Guyanais se sentent isolés de leurs
voisins brésiliens et surinamais, parce qu'ils ne peuvent pas échanger
directement avec eux. Les normes européennes font que tout est extrêmement
cher, bien plus que de l'autre côté de la frontière. Ce qui est un
problème si l’on veut assainir le contexte économique guyanais, , éviter
la contrebande et l'embauche de clandestins.
Les Guyanais ne peuvent pas faire leur plein au
Suriname, alors que le carburant y est bien moins cher. Pour des
universitaires comme nous, inviter des collègues brésiliens est très
compliqué : il doivent passer par une longue procédure pour obtenir un
visa, simplement pour venir tenir une conférence. Alors que seul un fleuve nous
sépare.
Depuis le début de ce mouvement, on sent que la population
guyanaise a envie d’appartenir à sa région sudaméricaine. Elle se dit : "On
leur ressemble, on veut échanger avec eux." C'est une identité
que la Guyane a mise de côté pendant trop longtemps. Elle ne peut plus tourner le dos à ses voisins
pour regarder vers l'Europe.
Les
indépendantistes ont-ils pris une place importante dans ce
mouvement ?
Non. Les partis indépendantistes n'ont jamais vraiment eu
pignon sur rue en Guyane. Le principal, le MDES, est souvent en queue de
peloton des élections. De plus, depuis le début du mouvement, toutes les
hiérarchies ont volé en éclats. Les élus ont été mis à l'écart de tous les
collectifs de réflexion qui sont réunis au sein du collectif centralisateur Pou
Lagwiyann dékolé. Tout le monde est appelé à parler en tant que citoyen, et
chacun apporte sa contribution en tant que spécialiste de son domaine.
Mais tous ceux qui tentent de6 tirer un profit politique de
la situation sont marginalisés. Ils n'ont pas compris cette vague, qui demande
plus de consensus et moins de divergences politiques. A chaque fois qu'un
responsable politique, indépendantiste ou non, a tenté de dévier de l'unité
générale, il a pris un carton rouge sur les réseaux sociaux.
Le changement de statut administratif de la Guyane ne faisait
pas partie des revendications au début de la mobilisation. Comment expliquer qu'il soit apparu dans le
débat ?
Cette
question ne s'est, en effet, pas imposée du jour au lendemain. Mais les
différents comités ont fini par mettre en évidence ce point de
blocage : on peut trouver des solutions, mais elles passent par un nouveau
statut. Il y a eu un tournant dans la journée de samedi. Au
moment de synthétiser les discussions de la journée, les
représentants des différents comités ont réalisé que la question du statut
était récurrente, que tous se trouvaient dans la même impasse. Ils ont
décidé alors de faire remonter cette revendication à la ministre des Outre-Mer.
En quoi consiste ce nouveau statut que réclame le collectif
Pou Lagwiyann dékolé ?
Ce serait le statut de collectivité d'outre-mer, régi par
l'article 74 de la Constitution, alors que la Guyane est, aujourd'hui, à
la fois un département et une région d'outre-mer, ce qui correspond à l'article
73. Cela permettrait d'obtenir une autonomie de gestion bien plus importante,
comme c'est le cas déjà pour la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie et
Saint-Pierre-et-Miquelon.
Les
Guyanais sont frustrés de constater qu'ils sont stigmatisés quand ils réclament
ce statut pourtant accordé à d'autres. Ils considèrent qu'en comparaison
avec les autres collectivités d'outre-mer, la Guyane a la possibilité de
devenir une grande puissance régionale en Amérique du Sud. C'est un territoire
particulier par sa situation géographique, ses voisins, et aussi sa richesse
naturelle, du point de vue minier et forestier. Le peuple guyanais a envie de
se prendre en main et se repose sur les exemples des autres collectivités pour
montrer que cela peut fonctionner. Aujourd'hui, en métropole, on trouve que la
Guyane coûte cher, on lui reproche de demander de l’argent, mais personne ne
veut qu’elle puisse exploiter ses propres richesses. Donc la Guyane tourne en
rond.
Ce statut de collectivité d'outre-mer a été rejeté par les
Guyanais, à plus de 70% des voix, lors d'un référendum en 2010. La situation
a-t-elle changé ?
Oui, on voit qu'il y a eu une prise de conscience. Depuis
le début du mouvement, même si la revendication d'un nouveau statut n'a émergé
que samedi, les Guyanais discutent des suites de ce référendum de 2010. Sept ans plus tard, ils font le
bilan, et se demandent si ce choix a fonctionné. Aujourd'hui, au sein de ce
collectif, il y a des anciens opposants à l'article 74, à l'image du Medef. L'organisation
patronale est assise à la même table que l'Union des travailleurs
guyanais, alors qu'ils ne sont vraiment pas amis, et s'opposaient, avant,
sur cette question. Des leaders du camp des "73istes", comme on
appellait ces opposants à plus d'autonomie, ont fait leur mea culpa depuis le
début du mouvement. La pensée a évolué car nous sommes dos au mur.
Cette demande d'autonomie est-elle aussi liée à un
ressentiment envers la métropole ?
Il n'y a pas de rejet en bloc de la métropole, mais du
mépris et des moqueries sur son ignorance de la Guyane. La population guyanaise
se plaint beaucoup, depuis quelques années, de n'être jamais mentionnée au
niveau national. Dans les journaux, on ne parle que de la fusée. Et encore,
dans ce cas-là, on dit qu'elle décole de Kourou, pas de Guyane. Comment est-il
possible qu'après une semaine de blocages, les médias métropolitains avaient à
peine abordé les manifestations ? Et quand le sujet a émergé, on a
constaté la méconnaissance totale de notre territoire, au point que certaines
chaînes ont publié des cartes du Guyana, l'ancienne Guyane britannique, pour
parler de la Guyane. Le fait que la ministre des Outre-Mer ne se soit
pas déplacée a également choqué, d'autant qu'elle n'avait jamais mis les
pieds en Guyane.
Ce
mouvement est unique car il rassemble toutes les composantes de la société
guyanaise, traditionnellement très divisée et communautariste. Le
"nous" et ce sentiment identitaire ont fait leur apparition en
Guyane avec ce mouvement, et en opposition à la métropole.
Reproduite et adapté de:
https://www.francetvinfo.fr/economie/crise-en-guyane/la-crise-en-guyane-va-t-elle-deboucher-sur-des-revendications-independantistes_2129243.html
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https://www.francetvinfo.fr/economie/crise-en-guyane/la-crise-en-guyane-va-t-elle-deboucher-sur-des-revendications-independantistes_2129243.html

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