Monday, January 7, 2019

Guyane, la dernière colonie européene en Amérique du Sur

Géographie de Guyane
Guyane  (Lagwiyann ou Lagwiyàn en créole guyanais), appelée parfois Guyane française, est une région et un département français situé en Amérique du Sud, limitrophe du Bresil à l'est et au sud, et du Suriname à l'ouest. Avec une superficie de 83 846 km et une population de 259 865 habitants (2015), la Guyane est la deuxième región de France pour la superficie et la deuxième moins peuplée (après Mayotte). C'est également le département le pluse plus boisé, 98 % du territoire étant couvert de bois  qui reste parmi les plus riches et les moins écologiquement fragmenté du monde du monde.

Sur la crise politique en Guyane
Déclarations de Isabelle Hidair-Krivsky à Franceinfo. Isabelle Hidair-Krivsky est docteure en anthropologie, maître de conférences à l'université de Guyane à Cayenne.
Franceinfo : Le mouvement qui agite la Guyane depuis deux semaines est-il une simple contestation sociale ou s'agit-il aussi du réveil d'un sentiment identitaire et indépendantiste ?
Isabelle Hidair-Krivsky : C’est bien un mouvement identitaire. On observe que les revendications d’ordre matériel, comme celles sur les infrastructures, sont accompagnées de revendications liées au sentiment d'appartenance et à la construction de l’identité. Les grévistes mettent sur un plan d'égalité ces questions.
Par exemple, au sein du comité sur l'éducation, on évoque l’adaptation des programmes scolaires au contexte local, pour que les élèves maîtrisent mieux le territoire amazonien. Les règles de recrutement des enseignants sont aussi inadaptées au contexte local. La Guyane n'a pas assez de diplômés à bac +5. Des enseignants de métropole ou des Antilles viennent exercer ici, et c'est parfois un choc culturel pour eux, notamment quand ils se retrouvent dans des territoires "isolés", loin du littoral. Les linguistes estiment qu'environ 30% des habitants de la Guyane ne sont pas francophones. Au final, ici, seuls 12% des 15-24 ans sont bacheliers. Former des enseignants du cru, qui parlent plusieurs langues de Guyane, permettrait de mieux s'adapter au contexte local. Mais pour cela, il faut un changement de statut.
La situation géographique de la Guyane peut-elle aussi expliquer ce désir d'autonomie ?
Aujourd'hui, les Guyanais se sentent isolés de leurs voisins brésiliens et surinamais, parce qu'ils ne peuvent pas échanger directement avec eux. Les normes européennes font que tout est extrêmement cher, bien plus que de l'autre côté de la frontière. Ce qui est un problème si l’on veut assainir le contexte économique guyanais, , éviter la contrebande et l'embauche de clandestins.
Les Guyanais ne peuvent pas faire leur plein au Suriname, alors que le carburant y est bien moins cher. Pour des universitaires comme nous, inviter des collègues brésiliens est très compliqué : il doivent passer par une longue procédure pour obtenir un visa, simplement pour venir tenir une conférence. Alors que seul un fleuve nous sépare.
Depuis le début de ce mouvement, on sent que la population guyanaise a envie d’appartenir à sa région sudaméricaine. Elle se dit : "On leur ressemble, on veut échanger avec eux." C'est une identité que la Guyane a mise de côté pendant trop longtemps. Elle ne peut plus tourner le dos à ses voisins pour regarder vers l'Europe.
Les indépendantistes ont-ils pris une place importante dans ce mouvement ? 
Non. Les partis indépendantistes n'ont jamais vraiment eu pignon sur rue en Guyane. Le principal, le MDES, est souvent en queue de peloton des élections. De plus, depuis le début du mouvement, toutes les hiérarchies ont volé en éclats. Les élus ont été mis à l'écart de tous les collectifs de réflexion qui sont réunis au sein du collectif centralisateur Pou Lagwiyann dékolé. Tout le monde est appelé à parler en tant que citoyen, et chacun apporte sa contribution en tant que spécialiste de son domaine.
Mais tous ceux qui tentent de6 tirer un profit politique de la situation sont marginalisés. Ils n'ont pas compris cette vague, qui demande plus de consensus et moins de divergences politiques. A chaque fois qu'un responsable politique, indépendantiste ou non, a tenté de dévier de l'unité générale, il a pris un carton rouge sur les réseaux sociaux.
Le changement de statut administratif de la Guyane ne faisait pas partie des revendications au début de la mobilisation. Comment expliquer qu'il soit apparu dans le débat ?
Cette question ne s'est, en effet, pas imposée du jour au lendemain. Mais les différents comités ont fini par mettre en évidence ce point de blocage : on peut trouver des solutions, mais elles passent par un nouveau statut. Il y a eu un tournant dans la journée de samedi. Au moment de synthétiser les discussions de la journée, les représentants des différents comités ont réalisé que la question du statut était récurrente, que tous se trouvaient dans la même impasse. Ils ont décidé alors de faire remonter cette revendication à la ministre des Outre-Mer.
En quoi consiste ce nouveau statut que réclame le collectif Pou Lagwiyann dékolé ?
Ce serait le statut de collectivité d'outre-mer, régi par l'article 74 de la Constitution, alors que la Guyane est, aujourd'hui, à la fois un département et une région d'outre-mer, ce qui correspond à l'article 73. Cela permettrait d'obtenir une autonomie de gestion bien plus importante, comme c'est le cas déjà pour la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie et Saint-Pierre-et-Miquelon.
Les Guyanais sont frustrés de constater qu'ils sont stigmatisés quand ils réclament ce statut pourtant accordé à d'autres. Ils considèrent qu'en comparaison avec les autres collectivités d'outre-mer, la Guyane a la possibilité de devenir une grande puissance régionale en Amérique du Sud. C'est un territoire particulier par sa situation géographique, ses voisins, et aussi sa richesse naturelle, du point de vue minier et forestier. Le peuple guyanais a envie de se prendre en main et se repose sur les exemples des autres collectivités pour montrer que cela peut fonctionner. Aujourd'hui, en métropole, on trouve que la Guyane coûte cher, on lui reproche de demander de l’argent, mais personne ne veut qu’elle puisse exploiter ses propres richesses. Donc la Guyane tourne en rond.
Ce statut de collectivité d'outre-mer a été rejeté par les Guyanais, à plus de 70% des voix, lors d'un référendum en 2010. La situation a-t-elle changé ?
Oui, on voit qu'il y a eu une prise de conscience. Depuis le début du mouvement, même si la revendication d'un nouveau statut n'a émergé que samedi, les Guyanais discutent des suites de ce référendum de 2010. Sept ans plus tard, ils font le bilan, et se demandent si ce choix a fonctionné. Aujourd'hui, au sein de ce collectif, il y a des anciens opposants à l'article 74, à l'image du Medef. L'organisation patronale est assise à la même table que l'Union des travailleurs guyanais, alors qu'ils ne sont vraiment pas amis, et s'opposaient, avant, sur cette question. Des leaders du camp des "73istes", comme on appellait ces opposants à plus d'autonomie, ont fait leur mea culpa depuis le début du mouvement. La pensée a évolué car nous sommes dos au mur.
Cette demande d'autonomie est-elle aussi liée à un ressentiment envers la métropole ?
Il n'y a pas de rejet en bloc de la métropole, mais du mépris et des moqueries sur son ignorance de la Guyane. La population guyanaise se plaint beaucoup, depuis quelques années, de n'être jamais mentionnée au niveau national. Dans les journaux, on ne parle que de la fusée. Et encore, dans ce cas-là, on dit qu'elle décole de Kourou, pas de Guyane. Comment est-il possible qu'après une semaine de blocages, les médias métropolitains avaient à peine abordé les manifestations ? Et quand le sujet a émergé, on a constaté la méconnaissance totale de notre territoire, au point que certaines chaînes ont publié des cartes du Guyana, l'ancienne Guyane britannique, pour parler de la Guyane. Le fait que la ministre des Outre-Mer ne se soit pas déplacée a également choqué, d'autant qu'elle n'avait jamais mis les pieds en Guyane. 
Ce mouvement est unique car il rassemble toutes les composantes de la société guyanaise, traditionnellement très divisée et communautariste. Le "nous" et ce sentiment identitaire ont fait leur apparition en Guyane avec ce mouvement, et en opposition à la métropole.
Reproduite et adapté de:
https://www.francetvinfo.fr/economie/crise-en-guyane/la-crise-en-guyane-va-t-elle-deboucher-sur-des-revendications-independantistes_2129243.html



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